Etuvage du riz au Burkina Faso : un rempart sûr contre la pauvrette des femmes rurales

Pour gagner leur vie, la majorité des femmes du Burkina, s´adonnent à la production et à la transformation des produits agricoles. Parmi elles, des milliers de femmes se sont spécialisées dans l'étuvage[1] du riz. Sur le pôle de croissance de Bagré dans le Centre-Est du pays, à Mogtédo, dans le Plateau Central, ou sur bien d´autres plaines rizicoles du pays, Oxfam soutient ces femmes qui, grâce à leur ardeur au travail, ont réussi à arracher leur indépendance économique en dépit d´un contexte de marché particulièrement difficile pour la production nationale du riz.

Il y a environ 40 ans que Mariam Kabore s´est engagée dans l´étuvage du riz à Mogtéodo, à une centaine de kilomètres de Ouagadougou, avec des outils rudimentaires. A l’époque sa production, soutient-elle, était maigre, de faible qualité et le marché quasiment inexistant. Aujourd’hui, c´est une femme comblée qui parvient à faire vivre sa famille avec les recettes générées par son activité. Ce changement dans sa vie a été possible grâce à la construction d´un centre d’étuvage en 2010 pour les femmes, qui dès 2010 se sont regroupées en union. Cette union compte actuellement environ 190 femmes qui ont vu leurs conditions de travail, et par ricochet leurs revenus s´améliorer considérablement grâce aux recettes du centre et aux actions de renforcement de capacités. A cela s´ajoute les ventes personnelles de chacune, dont les activités ne se limitent pas au cadre du centre.

A plus d´une centaine de kilomètres de Mogtéogo, au pôle de croissance de Bagré, l’étuvage du riz a permis  également à des centaines de femmes d´arracher leur indépendance économique. Quelque 526  femmes étuveuses, rassemblées au sein de l´Union Conanet des étuveuses de riz, exploite un centre d’étuvage construit par Oxfam en 2010 pour lutter contre la pauvreté des femmes. Ce centre, comme celui de Mogtédo et bien d’autres à travers le pays, offre du matériel adapté et des infrastructures adéquates pour l’étuvage du riz : magasin, décortiqueuses, aire de séchage, trieuses, fours, etc. Les femmes y reçoivent par ailleurs de nombreuses formations en pratique d´étuvage, en techniques commerciales, en leadership, en mobilisation des ressources, etc.

Au centre de Bargré, respectivement les quantités de riz étuvés sont passées de 460 en 2011 à 700 en 2014 pour le bonheur des femmes étuveuses et de la filière riz. Par  récoltes, chaque femme  gagne entre30’000 et 60’000 FCFA (entre 46 et 92 euros) grâce à la vente du riz transformé dans le  centre. A Bagré, les femmes étuvent en moyenne 3 à 5 tonnes de riz par récolte, soit chaque six mois, qu’elles achètent à leurs maris qui ont du mal à écouler leurs productions. C´est le cas de Zénabou Tapsoba qui rachète à son mari 5 tonnes par récolte qu’elle transforme ensuite.

Au centre d’étuvage  de Mogtéodo, 200 tonnes  de riz paddy ont été étuvées en 2014 et 250 tonnes en 2015. En 2016, 300 tonnes avaient déjà été transformées au mois d’octobre. Les 190 femmes se repartissent annuellement des bénéfices allant de 15’000 à 120’000  FCFA par personne (23 à 183 euros). Tout comme à Bagré, les femmes travaillent aussi bien au centre qu’à leur propre compte. C´est le cas de Salimata Ganaba qui écoule sa production sur le marché local chaque trois jours pour prendre en charge sa famille, et épargne sa part de gain du centre. L’année dernière, elle soutient avoir économisé pas moins de 45’000 FCFA (68 euros).

L’étuvage du riz fait ainsi vivre de nombreux ménages et constitue un moyen sûr pour l’écoulement du riz. La matière première est en effet directement fournie par les exploitants familiaux des plaines rizicoles. Les femmes restent néanmoins confrontées à des difficultés qui freinent le développement de leurs activités et limitent leur épanouissement: faible accès au financement, conditions de crédits inadaptées, faible accès au marché, etc. Pour surmonter ces difficultés, Oxfam mène des actions de plaidoyer auprès des institutions financières et de l´Etat, aux côtes des femmes rurales, pour un meilleur accès financement. D’autres actions de plaidoyer vise à permettre au marché institutionnel (cantines scolaires, de la restauration dans les casernes, des repas des servis dans les prisons, etc.) de se fournir en produits locaux.

Au-delà des bénéfices engrangés, l’étuvage du riz est une source de fierté. Au-delà de participer à l’écoulement de la production familiale, elles contribuent à la promotion du riz national.

 

Par Ousmane DIALLO, Responsable medias et communication, Oxfam au Burkina Faso

Photo: Oxfam  



[1] Opération de traitement du paddy qui atténue les effets d'un mauvais séchage (fissures) et améliore quantitativement et qualitativement le rendement. Il permet consiste à ré-humidifier, chauffer et sécher les grains paddy avant leur décorticage et polissage (Zossou et Wanvoeke, 2010.

 

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